il faut les rentrer

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Il pleuvait déjà quand je me suis levée.
J'ai pensé aux moutons,
je sais qu'ils n'aiment pas les fortes pluies et surtout celles qui durent.
Toute la nuit, le sommeil léger et angoissée, j'ai pensé à eux.
"il faut les rentrer"

Le matériel pour l'aménagement du bâtiment n'est pas encore arrivé,
il nous manque encore quelques barrières mais tant pis.
"Il faut les rentrer"

C'est l'affaire d'une petite semaine improvisée,
juste du temps au temps de revenir au beau fixe.
J'ai regardé la météo, les moutons devraient encore profiter de l'herbe.
C'est juste l'affaire d'une bonne semaine.
"Il faut les rentrer"

Tout était posé, fixé, discuté et entendu et tout était finalement pas si mal que ça. Ils seront bien au sec là dedans, c'était le moment d'aller les chercher.
Deux chiens pour un troupeau de deux cents moutons, ce n'était pas de trop.

Moi, postée en haut au tournant, juste avant l'entrée au bâtiment avec mon chien:
"Couché, pas bouger"
C'est lui qui est parti ouvrir au moutons
et qui devait les conduire droit devant.
Je l'ai entendu siffler, le ton était donné, il fallait vite venir aider, le troupeau avait décidé de partir de l'autre côté.
Mon chien les a rejoint à la vitesse de l'éclair pour soutenir son copain et pousser les moutons de l'autre côté.
Nous avons deux chiens extraordinairement attachés à leur job et volontaires, mais cela n'a pas suffit.
Quand j'ai vu la fatigue s'inviter dangereusement chez eux,
j'ai couru chercher un seau de blé. Je lui ai laissé mon chien et j'ai couru en direction de la grange, j'ai couru et j'ai glissé sur un pavé mouillé devant la porte de l'entrée.
Je me suis relevée en suppliant à mon corps de ne pas s'être blessé. Pas le temps de vérifier, j'ai couru, couru pour les retrouver et je les ai appelés.
Une brebis meneuse avait repéré le seau, c'était suffisant pour déplacer le troupeau.
"Vas y court maintenant!"
J'ai couru, couru puis je suis retombée, cette fois, dans l'herbe mouillée, même pas mal. J'ai repris mon seau et j'ai eu peur de voir le troupeau me passer dessus, je me suis relevée et j'ai couru. Les moutons sont rentrés tous en ligne et contents de trouver du foin dans les râteliers.
Les barrières fermées, je me suis écroulée dans ses bras les yeux embués.
"On y est arrivé"
Après avoir vérifié que rien n'était cassé, rien de grave ne m'était arrivée, nous avons félicité nos chiens, nous les avons caressés et ils sont partis boire dans les flaques près du bâtiment.
Je suis restée un moment pour observer le troupeau, soulagée et contente de les voir enfin au sec, surtout les petits agneaux.

A l'heure du diner, la conversation était bien entendue autour du souvenir encore frais de notre aventure
"Quand je suis tombée avec mon seau, à un moment, j'ai pensé aux jeux d'intervilles"
Nous avons rigolé et nous nous sommes encore félicités, le principal était fait, les moutons étaient rentrés.

Nous avons appris aujourd'hui qu'il ne faut jamais sortir deux cents moutons affamés d'un parc en pensant les mener vers un bâtiment qu'ils ne connaissaient pas.

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