Néo-ruraux

J'ai recu un mail.
C'était signé de Capucine et de son équipe.
Elle m'a présenté ses partenaires qui soutiennent leur approche, leur vision, et il parait qu'ils permettent de créer de belles synergies.
C'est quoi déjà "synergies"?

Elle m'a parlé de la découverte de notre ferme sur le réseau des micro-fermes en France.

Je me suis souvenue qu'avant d'y inscrire la Roulotte du Berger, j'avais demandé en "message privé" ce qu'ils entendaient par "micro-fermes" et je m'étais demandé si nos prés et forêts, nos moutons, cochons, poules, chevaux, poneys, vaches et nos légumes pouvaient entrer dans cette catégorie là.
Je m'étais questionnée aussi sur ce besoin inéluctable d'entrer dans un moule.
Il parait qu'ils trouvent notre approche en lien avec les valeurs qu'ils défendent et nous félicitent pour notre engagement en faveur d’une agriculture d’avenir.
Ça m'a fait sourire ça parce que je me questionne souvent sur le devenir de notre ferme encore si fragile financièrement. Je crois que nous faisons partie de ceux qui ont le vent en poupe ces derniers temps. On les appelle les néo-ruraux. Je ne suis pas sure d'aimer ce nom.

Il y a quelques fruitiers encore à planter. Ceux là, ils seront à greffer. Le monsieur de la ferme m'a dit qu'il devrait y arriver, que ce n'était pas très compliqué.
Le ciel est si bleu aujourd'hui. Les nids des hirondelles sont tous occupés. Le fond de l'air est encore froid et il pleut beaucoup en ce moment. J'ai retrouvé la morsure de l'ortie.
Sur le calendrier, le printemps est derrière nous et le temps des saintes glaces va bientôt arriver.
Début avril est passé et ici nous cumulons les journées pleines à craquer. Souvent teintées de rose et parfois de gris, de gris trés sombre aussi.
Il y a les projets qui trottent dans nos têtes et la réalité d'un très grand pas qui va se réaliser dans quelques mois. Nous y sommes, l'eau est juste là sous nos pieds.
"On saute en se tenant la main tous les deux?"
J'espere ne pas nous y noyer.

Il y a des soirs où les diners sont pris avec des amis et des stagiaires. Les semaines se remplissent d'activités différentes et de personnes en quête de sens et de bonne volonté venues découvrir ou apprendre le métier de fermier. J'aime beaucoup les écouter nous parler. Jour après jour ils prennent leurs aises dans les divers ateliers proposés à la roulotte du berger et chacun laisse un bout d'eux avant de reprendre leur chemin de vie. Il y a les soirs qui rallongent et j'essaie de ne pas me faire pieger ,de vite rentrer pour préparer le repas et coucher notre petit écolier le soleil à peine couché.
Je sens encore la peur de l'année qui vient de passer me bruler.
"Mais non tu verras, on va y arriver"

image.jpeg